Egosystème: Et tout autour, le monde…

Grosse ficelle

J’écrivais dans le précédent post que la création d’un message publicitaire était affaire de spécialiste. Voilà ce qui se passe lorsque l’on traite la question par-dessus la jambe : c’est grossier et vulgaire.

En plus, on voit bien que cette jeune femme n’a pas que le gazon, de synthétique…

Communique ta race

Pour plusieurs raisons, la communication est un métier à haut risque. Tout d’abord parce qu’il expose et fait s’exposer. Et ensuite, parce que sa complexité est sous-estimée. Tout le monde sait parler, quelques-uns connaissent l’option WordArt de Word, cela semble suffire à faire de tout-un-chacun un mini-publicitaire, éditeur, ou graphiste.

Le sens de la formule : tout le monde ne l'a pas

Le sens de la formule : tout le monde ne l'a pas

C’est un peu court, et c’est aussi oublier que tout semble facile quand on voit quelqu’un du métier le réaliser. Monter un mur, c’est super simple quand on regarde un maçon ; et jouer du violoncelle, n’en parlons pas : regardez Rostropovitch, il n’avait pas l’air de se donner du mal.

Au nombre des conditions qui font un bon communiquant, il y a les réflexes correspondant à sa spécialité. Un dircom ne se comportera pas comme un publicitaire ni comme un responsable d’agence de presse. Mais il y a un tronc commun : il faut être imaginatif, réactif et surtout, avoir une « culture de l’actualité ».

Même s’il est trop tôt pour dire si la démarche aura du succès, Kodak vient de tenter un coup assez bien ficelé, rapporté par le site belge 7sur7.be qui, justement fait appel à ces principes.

Voici l’histoire : vous savez peut-être que Megan Fox, révélée par son rôle dans Transformers est considérée comme l’une des, voire la femme la plus sexy du monde. Or, Transformers 2 étant sur les écrans, la belle est de toutes les promos.

Mais, drame absolu, elle a ignoré lors d’un tapis rouge un pauvre enfant qui tentait de lui offrir une rose. Evidemment, “une certaine presse” en a fait ses choux gras : l’actrice méprise son public et le jeune admirateur est définitivement meurtri par ce vent magistral que lui a infligé Megan.

Kodak arrive à la rescousse, en offrant 5000 dollars à quiconque identifiera l’enfant (avant son suicide). A celui-ci, la firme US offrira un voyage aux états-unis pour rencontrer la star et… Un appareil photo pour immortaliser l’événement.

Dans cette affaire, il y a deux éléments à noter : l’idée des conseils en comunication de Kodak et surtout, la volonté de jouer le jeu. Le plus difficile n’est pas autant d’avoir l’idée que d’avoir un client ou une direction suffisamment intelligent pour jouer le jeu.

Raisonnement (!) administratif : addendum politique

Relations de travail communes

Relations de travail communes

Je me dois de mettre en lumière un aspect oublié de mon précédent post. En effet, le fusible peut sauter à une autre occasion : lors d’un changement d’objectif et/ou pour libérer la place.

Dans ce cas, les choses sont encore plus simple : il suffit de redéfinir les attentes d’une façon sensiblement différente de ce qui avait été initialement prévu. Du coup “Vous ne faites plus l’affaire en dépit de vos immenses qualités, je vais donc devoir recruter un spécialiste.”

Il est intéressant de noter que, à coup quasi-sur, ledit spécialiste “collera” à un profil que l’on ne parvient pas à imposer par ailleurs. Quel heureux hasard n’est-ce pas ?

Remaniement ministériel et raisonnement (!) administratif

entonnoir

“A l’exception de Michel Barnier et de Rachida Dati, dont le départ pour le Parlement européen était attendu, les poids lourds du gouvernement ont été confirmés au prix d’un vaste jeu de chaises musicales.” Le premier paragraphe de ce papier de l’Associated Press résume en lui seul le mal qui ronge nos institutions.

Le raisonnement est simple : on ne peut pas se désavouer. On ne vire pas un membre de son équipe, cela voudrait dire que l’on n’a pas fait le bon choix et donc, que l’on n’est pas bon soi-même. Bon, il y a une précision à apporter : on peut, dans les faits, virer un membre de son équipe (ou le faire mettre en prison) mais à ce moment-là on ne parle plus d’un collègue, on parle d’un fusible. Et là, on devient admirable d’avoir su éloigner la brebis galeuse.

Dans une administration ordinaire, on mettra en avant les compétences immenses de l’individu dont on veut se défaire : “Je vous encourage vivement à accueillir de façon bienveillante la candidature de Madame Machin, qui s’est révélée être une collaboratrice de grande valeur”. Et si personne ne veut de Madame Machin, il suffira de la proposer à avancement (ce qui est plausible puisqu’il s’agit d’une collaboratrice de grande valeur), et de lui confier un strict minimum de travail pour qu’elle se mette d’elle-même hors-circuit. Notons au passage que, pour le collaborateur que l’on souhaite garder, on aura le comportement symétriquement opposé.

A l’échelle d’un gouvernement, le principe est encore plus illusoire : on appelle un individu, il prend l’avion dans la journée et se met au travail le soir même, et tout va mieux ! Soyons sérieux. Mais le fonctionnement global est le même : “Le fidèle sarkozyste Brice Hortefeux, nommé en janvier à la tête du grand ministère du Travail, se voit réorienté vers l’Intérieur” (après avoir été ministre de l’immigration, ndmoi).

Tout repose sur le politiquement-correct. Syllogisme :

  1. Les membres de mon équipe sont des génies
  2. Chacun sera affecté à un nouveau ministère
  3. Chaque membre de mon équipe sera génial à son nouveau poste.

Après, le champ est libre. Tout ce qui viendra sera bon puisque ce sont des génies qui sont aux commandes. Un moyen simple de finalement faire ce que l’on veut en s’abritant derrière l’image que chaque ministre est supposé renvoyer. La preuve : en quelques heures d’avion il est à pied d’oeuvre pour réinventer la roue.

Evoluer dans ce milieu là est assez délicat, et demande une vigilance de tous les instants pour raisonner a contrario et à bon escient. Si votre responsable vous donne raison contre un collaborateur, il ne faut pas dire “c’était mon idée” mais plutôt être le premier à dire “nous travaillons tous ensemble, peu importe qui a eu gain de cause”.

Quelqu’un dont on veut se débarrasser est “tellement impliqué dans les activités de [collez ici le nom d'un bureau très éloigné], qu’il serait dommage de ne pas le détacher auprès de [le bureau très éloigné]“.

On n’est pas mauvais dans un poste, mais on serait bien meilleur dans un autre. Au moins, ça apprend l’optimisme !

Gore pour rien

 

De la viande froide

De la viande froide

Il y a eu la série des Saw et le remake de La colline a des yeux. Une brèche dans laquelle bien des scénaristes se sont engouffrés. Le concept ? De la torture, de la boucherie, de l’intestin en vadrouille toutes les cinq minutes. Soutenable à une seule solution : que cela serve le scénario.

Les sévices infligés par le tortionnaire de Saw (du moins dans les premiers épisodes, les suivants s’essoufflant quelque peu) et les dégénérés de La colline ne méritent peut-être pas d’être à ce point détaillés, mais au moins ils s’inscrivent parfaitement dans la trame.

Maintenant, qu’en est-il des films qui, tout simplement, exploitent le filon ? Que ce soit Hostel (1 et 2), Frontières ou Martyrs (au sujet duquel je vous recommande la lecture de cette critique) , le scénario, quand il existe, se dénoue sur une réflexion navrante de facilité. 

Au final, on voit apparaître des longs-métrages qui se contentent de tuer la poule aux oeufs d’or. Lentement mais sûrement, à vif, avec un Opinel rouillé. Exactement comme ces images où l’on a un point de vue chirurgical sur une écorchée vive, un vidé-de-son-sang-comme-un-cochon, un tranché des tendons d’Achille, un cloué à la porte…

Le principe n’est pas loin de celui du porno : peut importe le scénar tant qu’on voit de la viande. Simplement ici, la viande n’est pas préparée de la même façon que chez Marc Dorcel.

Maintenant, ce qui reste préoccupant c’est le fameux Panem et circences : si on donne ça à un public, c’est bien qu’il le réclame. Reste à savoir pourquoi, et avec quels effets. Je me risquerai à donner une réponse le jour où je serai d’humeur optimiste.

Hadopi & Co

J’ai des enfants. Mes enfants ont accès au net. Je suis un père responsable, je les mets donc autant que possible à l’abri des vicissitudes cybernétiques. En tout premier lieu, leurs ordinateurs sont relativement protégés des divers trous de sécurité trop souvent utilisés : ils n’utilisent pas Windows. Il y a même un filtre parental avec historique assez efficace intégré au système d’exploitation.

Plaçant la sécurité de mes enfants par-dessus tout, je recherche naturellement la meilleure information quant aux risques qu’ils encourent. Mais en ces temps de surveillite aiguë, de suspicion généralisée qui pousse presque à l’auto-censure, je ne puis réprimer une crise de paranoïa. En effet, fou que je suis, j’ai cherché les mots “pédo pornographie” sur Google, afin de trouver des ressources ayant trait à la protection de l’enfance sur le net. Mais depuis, je panique. Je me sens observé, pisté, traqué…

Ils sont partout

Ils sont partout

Je sais que, quelque part, dans quelque local de mon FAI national historique monacolistique monopolistique, une imprimante a crépité au moment même où j’ai validé ma requête. Ou que, plus certainement, mon adresse IP a été mise en relation avec mes coordonnées d’abonné et les mots clefs demandés, le tout bien emballé dans une base de données longue conservation.

Pourquoi prendre des risques avec moi ? Je suis désormais un individu louche : qu’avais-je à l’esprit au moment où j’ai demandé à Google de me trouver de la pédo-pornographie ? Principe de précaution, et c’est bien normal puisqu’il faut instaurer un “dispositif d’exception pour un sujet d’exception“.

Donc je suis louche ! Impossible pour moi de consulter un site porno avant quelques jours, vous imaginez un peu ? Ce serait avouer être un désaxé profond. Mais ce qui m’ennuie également c’est de m’être retrouvé dans la soirée sur un site de propagande pro-palestinienne… Tout est contre moi.

Heureusement que le Hérisson est toujours en hibernation, j’échappe sinon au peloton d’exécution, du moins à la Police de la Pensée… Pour combien de temps encore ?

Résistance au changement

Tout ce qui résiste est vivant, parait-il. Je ne sais plus quel chercheur a le premier formalisé cette idée, mais elle semble raisonnable : résister, c’est se maintenir l’état actuel, et en quelque sorte se préserver. Instinct de conservation. Mais peut-on appliquer le même principe aux organisation humaines, surtout lorsque ces organisations sont des institutions ?

On sait déjà qu’elles sont inhumaines ;-) , mais sont elles vivantes ? Manifestement, oui. C’est d’ailleurs ce que propose cet auteur lorsqu’il écrit que l’organisation (…) n’est pas faite pour changer mais pour exécuter inlassablement. Et c’est malheureusement là une vérité, un truisme absolu. Combien  de cadres ou de responsables de département se sont trouvés mis à un poste pour amener du sang neuf, mais en même temps ont été bridés/brimés/brisés pour avoir osé sortir des sentiers balisés ?

Comment expliquer des incohérences comme “On a besoin de votre expérience” mais “Ca marche pas comme ça ici”, comme “Tu es le chef, on fait comme tu le sens” mais “J’ai appelé ton prédécesseur hier soir pour savoir”. Ce n’est pas tellement différent du “principe Microsoft”. Pourquoi s’évertuer à acheter à un prix exubérant des produits Microsoft ? Il est connu depuis longtemps que ce ne sont ni les moins chers, ni les plus performants, ni les plus faciles à prendre en main. Moult études ont établi que les solutions Microsoft ont des coûts induits supérieurs à celles d’Apple et a fortiori du monde Linux.

Alors donc pourquoi ? Pourquoi perpétuer ce non sens ? Eh bien simplement parce que personne ne s’est jamais fait virer pour avoir acheté du Microsoft. Parce qu’on a toujours fait comme ça, et d’ailleurs tout le monde fait comme ça… Les questions annexes n’entrent pas en ligne de compte ici. Indépendamment de l’éditeur retenu, les services d’accompagnement traditionnellement demandés (formation, mise à jour, installation, hotline, accompagnement etc. qui confinent à l’obligation de résultat) sont exigibles de la même façon. La situation perdure simplement par précaution. Ne prenons pas de risque, ne changeons pas une équipe qui gagne : statu quo.

Seulement, voilà : cette approche est l’antithèse de l’évolution. Et on sait depuis Darwin qu’évoluer, c’est la meilleure façon (et peut-être même la seule) de durer. L’équipe qui gagne devient une équipe qui stagne, alors que les autres s’adaptent. Relativement, c’est une régression. Et puis vient le temps de l’étonnement : on a recruté un spécialiste et pourtant la situation n’a pas évolué en notre faveur. Pourtant, on lui a bien expliqué comment ça marche, ici.

Le tri par l’entropie

Comme bien des concepts, l’entropie prend tout son intérêt lorsqu’on la détourne. Pour sa définition et son champ d’application premiers, je vous renvoie à l’incontournable wikipedia. Le père de l’entropie, Claude Shannon, est un mathématicien. De ce fait, si vous êtes un individu standard qui a gentiment arrêté les maths après le Bac, les explications du lien ci-dessus ont du vous laisser songeur.

Alors je vous livre ma version propre de la définition de l’entropie. Shannon la caractérise comme étant la quantité d’information contenue dans un message. Il introduit en outre la notion d’incertitude : moins on “s’attend” à la prochaine information, plus elle est informative. Dans la vision de Shannon, message et information sont à considérer sous l’angle désormais “informatique” : octets, bits etc. L’information sous sa forme la plus simple étant le bit (0 ou 1).

Dans la vision de Giusti, l’entropie peut également s’appliquer aux interventions d’un individu. Est-il vraiment intéressant que ce quidam venu de l’extérieur et dégoulinant sur le parquet de mon bureau précise “Il pleut” ? Incertitude de son message = 0. Il est redondant.

Le redondance est une chose, mais la vacuité informative en est une autre. Combien sont-ils à prendre la parole pour ne rien dire ? Leurs manifestations sont hilarantes, surtout dans le domaine professionnel. En effet, ici plus qu’ailleurs il paraît indispensable de savoir répondre. C’est un gage d’efficacité. Savoir, c’est avoir le pouvoir. C’est selon le même principe que ces vains imbéciles sont souvent les premiers à faire de la rétention d’information.

Comment les démasquer ? Simple. Fidèles à eux-mêmes, ils se sentent fréquemment une obligation de réponse, même si le sujet les dépasse. Et c’est là qu’ils se trahissent. Parce qu’ils se figurent prendre de l’importance en occupant l’espace sonore, en se faisant de la place en prenant la parole.  J’ai personnellement entendu certains de ces gens déclarer “Hmm. De toutes façons il faudra le faire. Ou pas. Mais on aura décidé“. Quel est le solde informatif de cette proposition ? Ne revient-elle pas à dire qu’on fera ce que l’on veut ? Chose inepte puisqu’évidente. Aucune information, aucun intérêt. Entropie 0.

Plus amusant encore, les interjections ou onomatoppées. Il y a les fameux “Mmm” avec lesquels on ponctue le discours d’un autre. Et puis surtout, les interventions. “Ah, oui oui, non non, c’est sûr“. Finalement c’est génial : cela consiste à faire croire que l’on comprend la problématique, qu’on approuve la solution et qu’on y est impliqué.

Cela fait longtemps que l’on sait l’importance du langage et de l’exposition à celui-ci dans le développement intellectuel. Les deux sont intimement mêlés. Mais à l’inverse, ne peut-on pas catégoriser les individus selon l’usage qu’ils font du langage ? On s’autorise déjà à juger selon un niveau lexical, pourquoi ne pas faire de même au niveau “utilitaire” ?

Dis-moi comment tu utilises le langage, je te dirai qui tu es. Parle-moi, et je saurai qui tu es.

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